08/02/2015

Un an après le 9 février ou la parabole du franc fort

Une année exactement après le 9 février, une vérité toute simple s’impose : la Suisse ne peut pas vivre sans l’Europe. L’ampleur des débats internes qui ont eu lieu depuis douze mois le démontre. Un autre bon exemple a été livré par la BNS le 15 janvier dernier. L’annonce de la fin du taux plancher a déclenché une vague de panique dans tout le pays, entre autres parmi les conservateurs bon teint et autres capitaines d’industrie plus que tièdes à l’égard de l’UE. Or, ces derniers s’étaient-ils rendus compte que le taux plancher équivalait à un calquage de notre politique monétaire sur celle de l’Europe ? En d’autres termes, sur cette « adhésion déguisée » qu’ils honnissent en toute occasion ?

Au fond, ils devraient se réjouir de la situation nouvelle de notre monnaie. « Le franc est fort ? Ainsi est la Suisse ! » Mais la réalité est évidemment plus compliquée. On le sait : un franc sur deux est gagné à l’étranger, notamment dans l’UE – cette économie soi-disant sinistrée. Le marché intérieur ne suffira jamais à notre croissance et à nos besoins, sauf à revenir dans les chalets et à se contenter de porc et de choux… Dans de nombreux domaines, nous avons tout simplement choisi d’appliquer des standards européens parce que c’était dans notre intérêt de le faire. Ainsi en était-il du taux plancher, aligné très exactement sur l’Euro.

Ce qui s’est passé le 15 janvier dernier montre le vertige qui nous saisit lorsqu’un écart trop important avec nos voisins se crée. Aujourd’hui, les conséquences réelles du 9 février sont encore théoriques – sauf pour les milieux académiques qui ont déjà subi le contrecoup de plein fouet. Mais lorsque les contingents seront là et que l’économie devra vivre la fin de la libre circulation des personnes, parions que les réactions seront les mêmes que ce 15 janvier : la stupeur et la crainte, et les appels désespérés à faire machine arrière.

Contrairement à ce qu’essaie de nous faire croire l’UDC, la Suisse n’est pas faite pour être « indépendante ». Elle est « dépendante »* de la meilleure des façons, c’est-à-dire qu’elle partage ses forces avec ses voisins et qu’elle profite des atouts de ces derniers. Pourvu que la mise en œuvre de l’initiative sur « l’immigration de masse » ne mette pas en péril ce précieux positionnement.

* sur ce point je m’inspire de l’excellent ouvrage de Joëlle Kuntz, « La Suisse ou le génie de la dépendance », éd. Zoé, 2013