05/05/2017

L'Europe, la Suisse et le Canton de Vaud

Il y a soixante ans, au printemps 1957, six Etats d’Europe de l’Ouest signaient à Rome un traité d’une importance historique. L’Allemagne, la France, l’Italie, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg convenaient de créer une communauté économique européenne, visant à accroître la prospérité de leurs citoyens et ainsi à prévenir les conflits sur le continent. Aujourd’hui, que retenir de cette aventure? Et quel avantage a-t-elle eu pour la Suisse et notre canton, qui ont décidé de ne participer que très partiellement à ce projet?

Il faut d’abord relever que cette communauté a contribué pour beaucoup à ce qui fut appelé «les Trente Glorieuses». En créant progressivement les conditions d’un libre-échange, elle a stimulé les économies et aussi les échanges culturels et sociaux qui ont permis aux pays concernés de se moderniser durablement.

Cette réussite – même si elle n’a pas empêché de ressentir les impacts des différentes crises mondiales – a suscité un attrait considérable autour d’elle. L’adhésion de 22 autres pays entre les années 1970 et 2010 en témoigne. La Suisse elle-même a ressenti cette attraction puisque, après avoir renoncé à «l’antichambre» EEE en 1992, elle s’est empressée de négocier des accords bilatéraux pour avoir accès à ce marché commun.

Aujourd’hui, malgré ses imperfections, malgré le Brexit et le discours eurosceptique dominant, cette «organisation continent» continue de fonctionner et d’être attractive pour de nombreux Etats.

Et nous autres Vaudois, que doit-on en penser? Il est manifeste que nous avons profité de cette aventure européenne, notre économie étant l’une des plus ouvertes qui soit. Certes il ne faut pas sous-estimer les conséquences négatives de cette ouverture, mais ces problèmes doivent être comparés aux avantages obtenus et traités de façon spécifique, sans «jeter le bébé avec l’eau du bain».

A ceux qui pensent que la Suisse profiterait de la désintégration de l’Union européenne, je réponds qu’au contraire nous perdrions beaucoup du retour du protectionnisme en Europe et de la fermeture des frontières, car notre économie vit de cette interdépendance. Il suffit de voir les dégâts que crée la faiblesse de l’Euro sur notre propre monnaie.

La question aujourd’hui n’est pas de savoir si nous devons adhérer à l’UE, mais de renforcer durablement nos liens avec elle. L’accord institutionnel actuellement en discussion, souvent perçu comme une pression de l’Europe, est aussi et surtout dans notre intérêt.

Il permettra aux accords bilatéraux de se régénérer et de se développer. La Suisse et le canton de Vaud, aux économies très dynamiques, en profiteraient plus que les Européens eux-mêmes. Nos autorités devraient donc s’engager pour qu’un tel accord soit conclu rapidement.

Paru dans les pages "réflexions" de 24 heures le 4 mai 2017