31/03/2017

Le Centre existe-t-il en politique?

Le succès d’Emmanuel Macron met en évidence – certes dans des conditions assez particulières – un phénomène remarquable : l’émergence du centre comme force politique indépendante, capable d’emporter l’élection présidentielle dans un pays aussi ancré dans le clivage gauche-droite que la France. Cette performance est d’autant plus notable que les politologues semblent être formels : le Centre n’existe pas, ou du moins il n’a pas de valeur intrinsèque. Selon la théorie classique en effet, les idées et vecteurs politiques se répartissent entre la droite et la gauche. Dans un récent essai*, l’historien vaudois Olivier Meuwly s’inscrit clairement dans cette ligne . La grille de lecture plus récente opposant conservatisme et progressisme n’offre pas plus d’espace quant à l’existence du Centre. Selon ces différentes approches, ce positionnement ne peut être au mieux que la résultante des forces en opposition. En d’autres termes, le lieu de rencontre et de synthèse de ces courants, un no man’s land où les compromis peuvent se faire. Au pire, c’est la démonstration d’une absence de valeurs et de courage politique, un marécage de convictions molles, le lieu d’échouage de celles et ceux qui n’assument pas des convictions « fortes ».

On peut s’inscrire en faux contre ces deux lectures, en s’appuyant sur divers éléments factuels. En premier lieu, une approche que l’on pourrait qualifier d’empirique : le Centre existe car des individus se réclament de lui. Ceci dément clairement la première assertion, celle du no man’s land : ce « territoire » n’est pas qu’une résultante, il est le lieu où « vivent » des femmes et des hommes ayant fait un choix conscient d’occuper cet espace. Reste à savoir si les personnes qui se disent centristes sont porteuses d’un programme ou de valeurs propres – matière à répondre à la deuxième critique. Ils ne promeuvent certes pas un message d’une grande pureté idéologique, visant in fine à la révolution communiste, libérale ou conservatrice. Au contraire, leur objectif est de trouver le meilleur alliage possible entre ces différentes tendances. Ces femmes et ces hommes ne ressentent pas le besoin d’adopter une posture idéologique tranchée pour arriver au compromis qui est la résultante de toute politique pragmatique. Ils portent en eux l’idée même de cette synthèse, et la voient dès le départ comme la solution aux problèmes et non comme une contrainte à accepter.

Ce positionnement mérite d’être considéré sérieusement, car il propose de fait une méthode nouvelle dans l’approche des problématiques politiques. De par sa nature fondamentalement rassembleuse, mesurée et pragmatique, il s’écarte au maximum de la démagogie et crée les meilleures conditions pour l’apparition de solutions concertée. Les centristes se manifestent ainsi par un « hyper-pragmatisme » qui les fait souvent disparaître des écrans radars des analystes politiques. Puisse la possible élection d’Emmanuel Macron mettre en valeur cette voie et démontrer qu’elle est pleine d’avenir.

* Olivier Meuwly, La droite et la gauche. Hier, aujourd’hui, demain : essai historique sur une nécessité structurante, Slatkine, Genève, 2016

 

Tribune parue dans Le Temps du lundi 27 mars 2017

Commentaires

Pour moi le Centre, c'est de la politique sans dogme idéologique, ce qui devrait toujours se faire.
Ceux qui ont besoin d'avoir un parti comme religion iront vers la droite pure ou la gauche pure.
Le PLR pour fidéliser son électorat s'est déporté à droite, devient plus dogmatique et à moyen terme, son électorat va se rétrécir, mais sera fidèle.
C'est donc une chance pour le PDC pour autant qu'il ne reprend pas les dogmes de droite, et donnes ses solutions entières, et non des compromis.

La gauche, c'est le travailleur en opposition au patronat.
La droite c'est favoriser les entreprises et les catégories supérieurs dans une idéologie qui prétend que la richesse d'une minorité entrainera la situation économique des moins biens loties vers le haut.

Le Centre est un peu plus flou. Je considère que le Centre doit allier l'humain et l'économie.
Si une proposition a pour conséquence que l'humain est trop pénalisé dans son travail par rapport à un faible gain économique, le PDC doit s'opposer.

Tant que le PDC donne un coup à gauche, puis un coup à droite il est illisible. Il doit suivre une ligne qui soit compréhensible par l'électorat. Cette ligne peut l'amener à soutenir la gauche ou la droite, mais toujours dans une philosophie reconnaissable. Le compromis, utile, n'est pas une philosophie en soi.

En France, avec l'extrême droite qui lance des fake news contre Macron, et l'extrême gauche qui n'est pas plus tendre avec lui, il n'y a pas de doute sur sa position est centrale.
Mais il lui manque encore une philosophie du Centre reconnaissable. Pour que le Centre puisse perdurer, l'électorat doit pouvoir mettre des mots sur la philosophie du Centre.

Écrit par : motus | 31/03/2017

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