29/07/2014

Quel juste prix pour les transports publics ?

Les récentes annonces de hausses des tarifs des CFF pour fin 2014, suivi de celle de la communauté tarifaire vaudoise Mobilis, de 3% chacune, ont suscité de nombreux commentaires sur les forums et les réseaux sociaux. Après une hausse précédente de plus de 5% fin 2012, la tendance ne semble en effet plus s’arrêter. Les transports publics lausannois (TL) annoncent même une augmentation de 9% sur certains de leurs billets ! Cette politique d’augmentation fait-elle sens lorsque l’on considère l’objectif stratégique de transfert des voyageurs de la route au rail (ou aux bus)?

Certes, chacun conviendra que tout déplacement, même le plus écologique, a un coût. Un coût matériel (véhicule utilisé, énergie consommée, main d’œuvre mobilisée) et par conséquent un coût environnemental. Cela vaut aussi pour les transports publics (TP), même si le ratio est bien meilleur que pour les véhicules privés. Il n’est donc pas judicieux, comme le proposent certains partis de gauche ou écolos, de rendre les TP gratuits, même pour les moins de 18 ans. La question qui se pose est celle du « juste prix » de ce transport, et de définir la part que doit assumer l’utilisateur.

Les TL ont adopté une stratégie intéressante dans leur plan d’entreprise 2010-2013, intitulée « cap35 », et visant à ce que les recettes générées directement par l’entreprise (notamment les billets et abonnements) couvrent 35% du budget total de l’entreprise. Les 65% restant sont assurés par les pouvoirs publics, via des indemnités d’exploitation. Autrement dit, les deux-tiers du coût total d’un trajet en TP sont actuellement assumés par les impôts.

La part payée par l’usager devrait-elle augmenter ? Oui et non – c’est avant tout une question de timing. En Suisse alémanique, où le recours aux TP se fait de façon plus naturelle, ce sont dans certains cas près de 60% des frais qui sont couverts par l’usager. Cette charge est absorbable par les économies d’échelles liées à un réseau plus étendu (plus de consommateurs pour supporter les coûts) mais aussi, sans doute, à une disposition du consommateur alémanique à payer davantage. En Suisse romande, le chemin à parcourir est plus long. Il est à craindre que des hausses répétées ne finissent par rediriger – ou diriger simplement, pour les plus jeunes – les usagers vers les transports motorisés privés, malgré les coûts du carburant, des taxes et assurances, etc. Politiquement, il reste donc nécessaire d’investir non seulement dans les infrastructures des TP, mais aussi dans leurs frais d’exploitation quotidienne, de sorte que les habitudes des voyageurs puissent évoluer sur la durée.

Surtout, il est indispensable de réfléchir à des modes plus souples et plus subtiles de l’utilisation des transports, privés et publics. Des innovations intéressantes ont déjà eu lieu avec l’introduction des voitures Mobility ou encore avec les P+R (dont l’augmentation des tarifs va là aussi à fins contraires, pour les mêmes raisons que ci-dessus). Il faut cependant aller plus loin. Considérant qu’une grande partie des Suisses ne souhaitent pas renoncer à la voiture, pourquoi ne pas proposer une taxe auto réduite pour celui qui possède un AG et s’engage à ne pas dépasser 5'000 km par an ? Ou une immatriculation collective, permettant d'associer plusieurs membres d’une famille ou d’un immeuble ? D’autres modes d’encouragement, notamment dans le domaine du covoiturage, mériteraient également d’être développés.

C’est dans ces directions que l’effort doit porter, et non pas dans des augmentations de tarifs dans les TP dont l’effet premier est de décourager le fidèle et/ou futur utilisateur !

Commentaires

Les transports publics deviennent chers, trop chers pour une bonne partie de la population : les salaires n'augmentent pas mais les charges dites incompressibles - celles des TP/CFF - oui !

Pour les personnes retraitées, ces augmentations de prix limitent également leur déplacement : les rentes n'augmentent pas mais en revanche elles ont aussi des charges incompressibles.

Est-ce logique : oui et non car si l'on veut des TP/CFF performants, il faut y mettre le prix, mais quel prix est juste ?

Alors que faire : vous proposez deux solutions mais vous devez savoir que beaucoup de personnes n'ont pas de permis de conduire (le prix est élevé pour l'obtenir), donc Mobility n'est pas la bonne solution.

L'autre solution est le partage d'une immatriculation collective : quid des responsabilités ? qui sera le " propriétaire " du véhicule immatriculé ? Est que le SAN acceptera cette solution ? Que feront les assureurs RC ? Problèmes juridiques à l'infini en tout cas ... en cas d'accidents ? Et ensuite on se plaindra des frais et honoraires d'avocats, des émoluments, avances de frais des tribunaux, dépens à payer à la partie gagnante, etc....

Les P&R devraient être gratuits pour les automobilistes qui pourraient recevoir simplement un macaron ou tout autre moyen d'identification à titre d'encouragement d'utiliser les transports publics que ce soit ceux des villes ou des CFF sur présentation d'un abonnement mensuel ou annuel.

Pour les pendulaires, pourquoi ne pas offrir un mois gratuit par année aussi à ceux qui ne peuvent pas acquérir un abonnement annuel ?

Écrit par : ML | 30/07/2014

Mobility Automobile n'est pas la solution parfaite.. elle n'est pas disponible partout.. dans certains village cette solution n'amène rien puisqu'il faut déjà se rendre a une base Mobility la plus proche.. et comment? Il me semble que toutes les gares CFF du canton (y compris celles des petits villages) devraient avoir un relai Mobility..

En ce qui concerne les prix des transports publics il devraient augmenter d'une manière significative pour les personnes seules et les AG.. et baisser pour les enfants jusqu'à 18 ans, les chômeurs et les retraités.. Cette balance pourrait permettre de ne pas frapper un grand coup mais de gagner déjà une partie des fonds nécessaires et d'une manière logique afin de pouvoir sur l’entièreté du Canton de Vaud gagner en mobilité..

Le libre choix de pouvoir utiliser chacun un moyen de transport de son choix sera plus accessible..

Écrit par : Anken Etienne | 30/07/2014

@ Anken Etienne : parce que, selon vos propos, les personnes seules et les propriétaires d'AG seraient des "personnes" avec des revenus significatifs (?) et pourraient ainsi "payer" pour les autres !!!

Écrit par : ML | 30/07/2014

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