12/04/2014

Les réacs pris à leur propre piège

Que ne les avait-on entendus après le 9 février ! La démocratie directe a triomphé ! Gloire au peuple qui a toujours raison ! Et malheur aux élites, déconnectées, illégitimes… Deux mois ont passé, durant lesquels les dirigeants conspués se sont efforcés de sauver les meubles, alors que l’UDC et ses affidés étaient incapables de formuler la moindre idée constructive (la seule qui soit venue était de renoncer complètement aux bilatérales…c’est dire). Il faut dire qu’elle avait d’autres chats à fouetter. Car les semaines passées ont tourné au cauchemar pour les conservateurs helvétiques, pour deux raisons principales :

1. La démocratie directe se retourne contre eux. Le 18 mai prochain, il est probable que le Gripen se crashe en bout de piste. Le problème est que la sanction viendra du peuple, que la droite dure a pourtant sanctifié. Comment admettre qu’il se trompe ? Certains en viennent à dire que le sujet est trop technique pour la population, qu’elle ne peut pas comprendre les enjeux et qu’il aurait mieux valu que les milieux autorisés (c'est-à-dire l’establishment militaire et les Bourgeois du Parlement fédéral) tranchent. Un comble quand on sait à quel point l’appel aux « oligarques/technocrates » a été vomi par ces milieux lors des derniers scrutins. Le dilemme se présente donc ainsi : soit les partisans du Gripen devront se réjouir du « non » car dans notre démocratie parfaite, le peuple aura eu raison, soit il sera forcé d’admettre que ce n’est pas toujours le cas et que l’avis des experts peut avoir, parfois, un intérêt (que ce soit dans le domaine de la défense, mais aussi de l’économie, de l’environnement, du droit international, etc.) 

2. L’UDC est une élite comme une autre. Ses élus sont faillibles, en raison de leur santé comme Yvan Perrin, de leur caractère comme Jean-Charles Legrix, ou de leur parcours de vie comme Claude-Alain Voiblet. Ueli Maurer nous offre actuellement sur le Gripen la campagne la plus ratée de ces dernières années, ce qui donne une idée de ses capacités politiques. La section vaudoise se déchire en public. Quant à Oskar Freysinger, il n’a jamais réussi à sortir de son costume de trublion. Les UDC sont-ils pire que les autres ? Sans doute pas, mais certainement pas meilleurs, ils en offrent aujourd’hui la démonstration évidente. Il n’y a pas lieu de se réjouir de leurs malheurs, en particulier personnels, mais plutôt de reconnaître qu’il s’agit d’humains comme les autres – et donc que les autres, « l’élite », sont comme eux, ni pires ni meilleurs.

Concluons en une seule phrase : Messieurs, bienvenue dans la vraie vie et que ces aléas vous servent de leçon !

Commentaires

On en reparle le 19 mai, hein ?...;-)

C'est clair que les adeptes de la Milice vaudoise, du parti radical, du Rotary, des trois coins, du Guillon, des Qui va à Nice, du Lai-once, du centre patronal... bref toux ceux qu'ont dégueulé sur l'UDC au lendemain du 9 février... c'est clair que pour eux, si le financement du Gripen est rétorqué, ils feront la gueule. Mais pas les réacs comme vous dites.

Écrit par : petard | 12/04/2014

"Le problème est que la sanction viendra du peuple, que la droite dure a pourtant sanctifié. Comment admettre qu’il se trompe ?"

Bon très bien. Mais si le peuple doit se prononcer sur le choix de l'avion pour mieux couler l'armée - n'oublions pas que c'est un référendum initié par le GssA...-, il serait bon que le peuple se prononce sur l'aide au développement et son gaspillage massif et inutile de 10 milliards par an...

Écrit par : Géo | 12/04/2014

Cher Axel,

C'est le 19 mai que l'on pourra conclure si le remplaçant du Tiger s'est crashé ou non en bout de piste. En aviation, on a l'habitude de dire qu'«un atterrissage est réussi quand tous les morceaux sont répartis dans les limites de la piste». En d'autres termes, 50,01% en faveur du Gripen suffisent pour que la Suisse ne se retrouve pas sans aviation militaire en 2025, quand nos 32 F/A-18 devront être retirés du service parce qu’ils seront matériellement usés et techniquement dépassés.

Dans le débat sur le remplaçant de nos 54 vénérables Tiger, les experts ne sont utiles que pour "dégonfler" l'argument mensonger des partisans d'une Suisse sans armée que le Gripen ne serait qu'un avion de papier.
Le peuple est suffisamment mature, d'une part pour se rendre compte qu'à l'origine et en coulisses du référendum se trouve le GSsA (Groupe pour une Suisse sans Armée), et d'autre part pour comprendre que c'est l'avenir de notre défense nationale qui se joue avec le Gripen, et que le but poursuivi par les référendaires n'est autre que de rendre l'armée inutile à partir de 2025, dès lors qu'elle sera privée de toute aviation. D'ailleurs, ce n'est pas du coût du Gripen dont ils causent, mais des milliards consacrés à l'armée.

Le dernier sondage RTS indique deux choses. D'une part, le parachute de freinage des tenants du démantèlement de notre armée pièce par pièce manque d'efficacité (ils sont passés de 67% à 52% de non). Et d'autre part, les partisans d'une Suisse capable d'exercer sa souveraineté sur son territoire et d'assurer à ses diplomates ainsi qu'à ses représentants au sein de l'OSCE crédibilité et efficacité dans le règlement des crises ont allumé la post-combustion pour expliquer et convaincre en vue du 18 mai.

Bien cordialement,
François

Écrit par : François | 12/04/2014

Cher François, merci de ce commentaire. Comme toi,je crois dans la nécessité d'une défense nationale et en particulier d'une force aérienne crédible. En l'occurence, je pointais davantage le comportement de certaines voix de la droite dure (dont tu ne fais certainement pas partie)plutôt que l'avion lui-même.
Cela dit j'avoue que je suis sceptique sur l'achat du Gripen. Premièrement, le coût me paraît extraordinairement élevé: 140 mios par appareil, c'est plus que la prévision actuelle autour du programme F-35 américain (qui est invisible au radar, à décollage vertical, etc.). Pour donner un ordre d'idée, la facture représente 18x le futur hôpital des enfants à Lausanne, 3x la refonte totale de la gare de Lausanne et un tiers du tunnel de base du Gothard, le chantier du siècle... A une période où on invoque souvent les caisses vides, c'est quand même très cher. Et honnêtement, il ne faut pas se leurrer sur les compensations économiques tant promises. Un tampon "Gripen" sera mis sur les contrats existants, ni plus ni moins.
Deuxièmement, je refute le chantage sur le service de vol 24/24. Avec 86 avions actuellement et même avec 32 avions à l'avenir, je suis intimement convaincu que l'armée était capable de l'assumer. Maintenir deux appareils en état de prendre l'air en tout temps permet tout de même de veiller à l'entretien et aux vols d'entraînement des 30 restants. La REGA, avec 17 hélicoptères seulement, n'est-elle pas capable d'assurer ce service 24/24?
Personnellement, la variante que je soutiens depuis le début consisterait à acheter une vingtaine de F/A-18 d'occasion aux USA. Ainsi la masse critique de chasseurs serait améliorée, et avec des avions de même catégorie, ce qui limiterait les coûts d'entretien. Nous pourrions vraisemblablement les avoir à l'horizon 2016, soit avant l'entrée en service prévue du Gripen! Et d'ici à leur obsolescence en 2030 (et non 2025, cf. la brochure de vote), de l'argent pourrait être économisé sur le budget ordinaire de l'armée pour l'achat d'une nouvelle machine, qui pourrait être p.ex. le futur F-35 américain qui présente un vrai saut qualitatif... Ce pourrait être le fameux plan B que personne n'ose évoquer. En tout cas, il permettrait de jumeler le soutien à notre force aérienne avec la proportionnalité que le projet actuel ne respecte pas vraiment.
Bien à toi, Axel

Écrit par : Axel | 13/04/2014

François@ J'espère aussi que le peuple suisse redonne une leçon de civisme et de patriotisme aux politiciens de plus en plus nuls et incompétents qui nous dirigent et dirigent les partis. Mais je n'en suis pas sûr. L'analyse du vote du 8 février a fait ressortir que les citoyens suisses sont 75 %, les autres étant des Suisses de papier, qui n'ont rien à foutre de l'indépendance de notre pays. Et c'est sur cette population d'origine étrangère, doubles nationaux (notion scandaleuse s'il en est !) que s'appuient les partisans d'une Suisse sans armée suisse (mais avec l'occupation de je ne sais quelle armée étrangère...).

Écrit par : Géo | 12/04/2014

Les commentaires sont fermés.