15/09/2013

Oui au service obligatoire, mais citoyen !

Le 22 septembre prochain, le peuple suisse est invité à se prononcer sur l’initiative du GSsA demandant la suppression de l’obligation de servir. Je le dis d’emblée, je refuse cette proposition et invite mes concitoyens à en faire de même. Mais elle n’est pas inintéressante, car elle pose la question plus large du service citoyen, de son sens et de son utilité au 21e siècle.

Disons-le d’entrée, il est un argument des opposants à l’initiative auquel je n’adhère pas : celui de la menace pour la sécurité nationale. En effet, il apparaît clair aujourd’hui que la gestion des risques contemporains demande une armée plus spécialisée dans les domaines sensibles (informatique, aviation, renseignement, etc.), et donc qui peut se permettre d’être plus ramassée en terme d’effectifs. Cette stratégie de défense implique de s’appuyer sur des corps de plus en plus professionnels*.

Non : au-delà de cette fausse question de la défense, c’est la notion même de service citoyen qui est le cœur de l’enjeu. La vraie question qui est posée par cette initiative, c’est de savoir si chacun dans notre société doit accomplir un temps de service pour la collectivité. Peut-être n’était-ce pas le but premier du GSsA – qui vise, ne l’oublions pas, la fin de l’armée via la suppression du service militaire – mais force est de constater que l’acceptation de ce texte supprimera l’idée même de service obligatoire de la Constitution. Et il ne faut pas se leurrer : dans l’air du temps, il sera très difficile de rétablir cette exigence dans la loi fondamentale helvétique.

Pour ma part, je pense que le service obligatoire doit être maintenu, mais considérablement revisité. Tout engagement à caractère citoyen devrait être considéré comme répondant à cette obligation. Ce sera évidemment le cas de ceux qui, comme aujourd’hui, s’engagent dans l’armée, ou dans le service civil. Mais les personnes qui se portent volontaires dans les sapeurs-pompiers ou les samaritains devraient aussi pouvoir décompter leurs engagements ou formations comme jours de service. A mon sens, on pourrait même aller jusqu’à reconnaître comme engagement citoyen, au sens de l'accomplissement de son service obligatoire, le volontariat dans une association de jeunes, sportive ou caritative. Ce sont en effet autant d’heures que les individus consacrent bénévolement aux autres, ce qui correspond à l’esprit d’un service citoyen.

Ce service devrait être suffisamment long pour être significatif mais assez court pour ne pas être handicapant dans la carrière des jeunes – l’un des problèmes actuels avec le service militaire. Disons entre trois et six mois au total, avec trois semaines « bloc » obligatoires au début pour garantir une formation citoyenne de base et également la mixité sociale et confédérale, l’une des ambitions du système de conscription actuel mais malheureusement un peu galvaudée. Surtout, ce service devrait pouvoir être étalé dans le temps, pourquoi pas jusqu’à l’âge de l’AVS. Ainsi, un samaritain s’engageant quelques week-ends chaque année remplirait ainsi aisément son devoir.

Enfin, ce service devrait être réellement universel. Il devrait non seulement toucher les jeunes gens en bonne santé – les actuels conscrits du contingent – mais aussi ceux qui ne sont pas jugés « aptes » aux activités physiques, les femmes, et les étrangers vivant en Suisse depuis longtemps et/ou en procédure de naturalisation. Ainsi serait reconnue l’idée que ce service doit être un engagement de chacun au service de la collectivité.

Cette proposition s’inscrit dans la foulée des positions du Conseiller d’Etat genevois Pierre Maudet, également Président de la commission fédérale de l’enfance et de la jeunesse, mais vont plus loin, en détachant clairement le service citoyen de l’armée – même si cela reste bien entendu une manière de remplir son devoir – et en imaginant que des formes « non conventionnelles » d’engagement, comme le bénévolat, serait aussi à reconnaître dans ce cadre. Peut-être la proposition est-elle provocatrice…mais au moins elle me semble offrir une alternative moderne et positive à l’initiative simpliste du GSsA !

* Même si de fait une aide de conscrits spécialisés dans ces domaines reste très utile. Rien qu’à ce niveau, un maintien de l’obligation de service dans l’armée se justifie – non pas pour avoir des fantassins « bon marché », mais pour pouvoir mettre des compétences de pointe au service de la défense nationale. Bien entendu, il convient que le système militaire évolue dans ce sens, ce qui n’est pas encore le cas…